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Pierre Carrique, philosophe et essayiste

June 10th, 2010

Pierre Carrique, philosophe et essayiste

    Interview de Pierre Carrique réalisée par Céline Chevalier
    pour le Festival International de l’Image Environnementale 2010

    L’ONIRISME
    Pierre Carrique

    Comment faire comprendre au lecteur ou au spectateur que l’on est en train de passer dans le domaine onirique ? On entend par onirisme l’indication d’une tonalité ou d’une atmosphère qui rappelle celle que l’on peut éprouver en rêve et que l’on veut faire apparaître. Ce peut être à l’intérieur d’un texte littéraire, dans un film, une série photographique ou un tableau par exemple. A quoi cela correspond-il ? Pour le metteur en scène, cela peut par exemple passer par un travail sur la bande son, en procédant à des distorsions phoniques ou acoustiques. Visuellement, la reconnaissance et l’identification du monde du rêve peut être un travail sur l’image : des fusions mal opérées, des superpositions d’images, etc. Ou encore l’introduction d’éléments qui rendent la perception de l’image elle même floue tels que des nuages ou de la fumée.

    Il y a aussi la façon, bien plus pertinente à mon sens, qui consiste à faire apparaître les styles de ruptures qui caractérisent les rêves. Car on ne s’aperçoit que l’on rêve qu’une fois qu’on est en train de rêver : on n’est jamais contemporain de sa naissance mais toujours en léger décalage. La technique de non préparation à des images, qui soudain s’imposent aux spectateurs comme étant du domaine onirique, me semble perspicace. Ce qui caractérise le rêve finalement, c’est la désarticulation, l’impossibilité de trouver une cohérence entre les scènes qui le composent. Je pense que celui qui s’en est le plus approché est Wim Wenders dans le film Jusqu’au bout du monde. Un triptyque dont le dernier volet porte sur la conception d’une machine qui permettrait, en regardant en elle, de retrouver les traces cérébrales laissées par nos rêves, et de reprendre leurs piste de jour. Le sujet, coiffé par l’idée d’une enquête sur soi, est traité par Wim Wenders sur le thème de l’addiction. C’est particulièrement réussi.

    Par rêve, on peut aussi entendre la notion d’idéal. Le rêve comme argument de vente. On vend des voyages « de rêve », dans des endroits « de rêve ». On a ici affaire à une récupération facile de la notion du rêve, appliquée à l’espace marchand. Curieusement, on constate que ces images « de rêve » sont caractérisées par la virginité. « Le paysage de rêve est celui que je serai le seul à fouler ». Ici, pas d’altérité dans le champ de la photographie qui nous présente une plage « de rêve ». Le phénomène se rabat complètement sur le sens idéal, utopique du terme « rêve ».

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