Patrick Viveret, philosophe, journaliste, chercheur et magistrat
June 18th, 2010
HUMANITÉ
Patrick Viveret
Patrick Viveret se définit volontiers comme un « passeur cueilleur ». Professeur de philosophie, journaliste, chercheur et magistrat à la Cour des comptes, l’homme se plait à faire le lien entre des disciplines qui souvent s’ignorent. Co-fondateur des rencontres internationales Dialogues en Humanité, Patrick Viveret s’intéresse à la question du « grandir en humanité », ou comment l’être humain peut-il assurer son avenir sans risquer l’autodestruction. Une aventure collective dont dépend la survie de l’homme, et dont le premier enjeu consiste en le traitement des inégalités sociales.
Comment l’humanité peut-elle réussir son « vivre ensemble », assurer son auto gouvernance sur cette planète en arrêtant de risquer l’autodestruction ? Voilà l’enjeu des temps à venir.
Hiroshima marque l’instant où l’Homme s’est constitué en sujet négatif de sa propre histoire, c’est-à-dire capable de s’autodétruire par l’usage d’armes de destructions massives. La menace ne pèse donc pas sur un peuple, une civilisation, un état ou même un empire, mais sur l’humanité toute entière. Le peuple humain, dans son ensemble, risque sa disparition. C’est donc la constitution de la famille humaine en peuple qui est aujourd’hui l’enjeu décisif de l’avenir de l ‘humanité.
Les questions écologiques et sociales sont intimement liées. On constate que ceux qui souffrent le plus des inégalités sociales sont aussi ceux qui souffrent des inégalités écologiques. Impossible de résoudre les grands problèmes écologiques (qu’il s’agisse du dérèglement climatique ou des atteintes à la biodiversité) sans s’attaquer d’abord à la question sociale. Aujourd’hui plus de 2 milliards d’êtres humains vivent avec moins de 1 ou 2 dollars par jour. Bertrand Schwartz exprime parfaitement le problème qui se pose quand il parle de projets de vie à 24 heures. Lorsqu’on vit dans des conditions si précaires que la question immédiate est celle de la survie, comment se préoccuper des questions planétaires dont les enjeux s’étalent sur 25 ans ? On ne peut pas demander à ceux dont les conditions sociales sont aussi dramatiques de s’intéresser à la question écologique. Pour mobiliser l’ensemble de la population mondiale aux enjeux planétaires, et c’est plus que nécessaire, il faut avancer sur le traitement radical de la question sociale. Et donc de la réduction des inégalités. « Construisons le bien vivre, comment conjuguer les enjeux sociaux et culturels avec le défi écologique ? » Voici le thème du forum sur la question humaine Dialogues en Humanité dont la prochaine édition se tient en juillet.
La question de la qualité relationnelle, celle du vivre ensemble entre humains n’est pas nouvelle. Les voix d’acteurs tels que Luther King ou Gandhi, conscients des enjeux de l’humanité, se sont élevées dans ce sens. Martin Luther King avait notamment cette phrase très forte : « Il faut apprendre à nous aimer comme des frères ou nous préparer à périr comme des imbéciles ». Il soulignait bien que la question du bien vivre est une question collective et pas simplement personnelle. C’est aussi une question d’intelligence. Pas seulement d’intelligence mentale, mais une intelligence du cœur : la raison du cœur dont parlait déjà Pascal. Si nous n’avons pas une intelligence du cœur, émotionnelle, à la hauteur de notre intelligence mentale, « notre science sans conscience pourrait bien devenir ruine de l’âme », disait Rabelais…

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