le OFF

ALAN AUBRY
« (...) il fallait regarder le paysage comme une chose lointaine et étrangère, comme une chose perdue et sans amour, qui s’accomplit tout entière en elle-même, afin qu’il pût un jour servir de moyen et de point de départ autonome. Il fallut qu’il fut loin et très différent de nous afin de pouvoir devenir une parabole libératrice pour notre destin. Il fallait que dans son indifférence sublime il se montrât presque hostile pour pouvoir offrir à notre existence une nouvelle interprétation grâce à ces objets.
Et c’est dans cet esprit qu’a pris forme cet art du paysage que Léonard de Vinci avait déjà eu le pressentiment et la maîtrise.
On sait combien nous voyons mal les choses au milieu desquelles nous vivons ; il faut souvent que quelqu’un vienne de loin pour nous dire ce qui nous entoure ; il fallait donc commencer par écarter de soi les choses pour devenir capable par la suite de s’approcher d’elles de façon plus équitable et plus sereine, avec moins de familiarité et avec un recul respectueux. Car on ne commence à comprendre la nature qu’à l’instant oû l’on ne la comprenait plus. Lorsqu’on sentait qu’elle était autre chose, cette réalité qui ne prend pas part, qui n’a point de sens pour nous percevoir, ce n’est qu’alors que l’on était sorti d’elle, solitaire, hors du monde désert. Et il fallait cela pour qu’on devînt artiste par elle ; il ne fallait plus l’éprouver en tant que sujet, dans la signification qu’elle avait pour nous mais comme un objet, comme une grande réalité qui était là. »
Rainer Maria Rilke

ALEXA BRUNET

amour amer

Extrême-Orient russe, septembre 2006 

 En novembre 2005 l'explosion dans une usine pétrochimique dans le nord de la Chine a causé la pollution de la rivière Songhua, un des affluents de l'Amour. Elle a rapidement atteint le fleuve Kahbarovsk, à la frontière entre la Russie et la Chine et à dérivé jusqu'à son embouchure dans le détroit de Tatarie. Au printemps, suite à la fonte des glaces qui les emprisonnaient, le benzène et autres polluants ont progressivement pénétré dans les nappes phréatiques, et causent aujourd'hui une contamination sournoise du cours d'eau et de la faune et flore locale.

 Dix mois après cette catastrophe, je me suis rendue en extrème-orient et j'ai descendu le fleuve Amour sur 300km pour aller à la rencontre des habitants de cette région. J’ai voulu rendre compte à travers mes images des transformations de la vie quotidienne suite à cette pollution qui n'est ni la première, ni la dernière.

Aujourd'hui les petits peuples de pêcheurs comme les Nannais qui subsistent traditionnellement du produit de leur pêche et de leur chasse, doivent se tourner vers d'autres de survie, qui impliquent trafics et corruption. Le poisson est impropre à la consommation et beaucoup de riverains ont été malade durant l'été sans qu'on puisse clairement définir l'origine des infections. Les forêts siberiennes brulent, les animaux disparaissent et les humains en subissent inévitablement les conséquences.

Cette série est le résultat d'un mois d'enquête dans des villes et des villages oubliés, à la population désabusée et sans espoir. Les portraits accompagnés de témoignages sur la situation actuelle au niveau , sanitaire, social et des rives d'un des plus long fleuve du monde.


ARMELLE DE CREPY
La fin d'un règne ?

Clés, bouchons, ficelles... j'accumule tous ces objets au cours du temps, dans l'idée de les mettre en scène et de les photographier un jour. Une façon personnelle de prendre du recul vis-à-vis de ces objets, de les regarder autrement, peut-être même de s'en détacher... J'ai conservé notamment des sacs plastiques multicolores, distribués par les marchands de primeurs. Au cours de voyages en Asie et en Amérique latine, je découvris avec stupeur sur des kilomètres de route, des sacs en plastique déchiquetés, accrochés aux arbres, emportés là au gré du vent, des villages souillés, dénaturés. De ce symbole de notre mode de consommation, j'entreprends une série photographique.
Poser un regard esthétique sur cet objet omniprésent et familier pour le rendre obsolète.
Sans avenir.


ARNAUD CHEMIN
Ces images questionnent la place du végétal dans l'environnement. Il y a d'abord le constat d'une fragilité, de la rareté des espaces verts dans la ville. J'ai surtout traité des abords des grands axes de circulation d'une grande ville quand, la nuit naît une cohabitation presque sensuelle des éléments, les paysages se fondent, la dualité des espaces disparaît les essences semblent regagner le terrain perdu au jour.Un cycle temporel, une répétition du combat entre l'homme et la nature, entre la démesure, l'absurdité de nos viles, de leur anarchie, et le mouvement irrepressible de croissance des végétaux. C'est la nuit que nous y sommes le plus s; émus, c'est dans cette forêt improvisée que nous retrouvons l'instinct notre mémoire d'homme.


CHRISTIAN BASSOT

Traces industrielles. Sujet photographié en noir et blanc.

 Cette investigation photographique a pour objectif de rendre compte de l'esthétique controversée des bâtiments et des sites industriels. Sont-ils des cicatrices qui minéralisent et défigurent le paysage urbain, périurbain et rural? Représentent ils, au contraire, des prouesses architecturales qui permettent de les faire entrer de plein pied dans le patrimoine des bâtiments, ou monuments historiques? Pour répondre à ces questions, je photographie depuis quatre ans des édifices industriels dans l'environnement qui m'entoure, au gré de déplacements professionnels ou familiaux; rencontres souvent hasardeuses avec des sites que je découvre au détour d'une route, l'œil attiré par des murailles de béton, des cheminées équilibristes noyées dans un ciel que je préfère chargé. La plupart des sites photographiés ne sont plus en activité, témoins muets des mutations qui touchent le monde de l'industrie.


CHRISTOPHE BOETE
Utopies urbaines 'Ville & Nature'

L’utopie c’est le lieu de nulle part, c’est aussi la description d’un lieu idéal. A travers le projet photographiques ‘Utopies urbaines’, mon intention est de créer cet endroit de nulle part, d’inventer un univers mêlant la ville et la nature à travers deux éléments particulièrement significatifs que sont les tours et les arbres. Afin de construire nous villes, nous avons recouverts les champs avec du bitume, couper des arbres pour élever des immeubles. Rien détonnant à ce qu’on les considère souvent
comme opposées. Or toutes deux, la ville et la nature font pourtant partie de l’environnement dans lequel nous vivons. En présentant de manière graphique les oppositions, les complémentarités entre ville et nature, le cheminement de ce travail permettra de faire émerger une représentation de nouvelles relations plus harmonieuses entre ville et nature. Pour se faire, j’ai choisi de travailler en utilisant le moyen-format et notamment un appareil Holga. Ce dernier permet un travail relativement basique ne laissant que le choix du cadre, du lieu et du moment avec lequel il n'est pas possible de maîtriser tous les paramètres qui feront l'image du fait des défauts inhérents à l'appareil (infiltrations de lumière, lentille au comportement imprécis). Il permet également de créer des sur-impressions, ce qui est un élément central dans ce travail associant nature et ville. D'un point de vue plastique, ce travail est une affirmation de la subjectivité du photographe, j’y invite le spectateur à ‘entrer’ dans l’image et à se poser des questions sur le lien entre la représentation photographique et la réalité. Enfin, en se penchant sur les relations entre la Nature et la ville, ce sujet touche à des questions d'actualité qui sont celles de l'environnement et de l'écologie et s'insère dans les questionnements actuels concernant l'urbanisation.


CLAIRE ARTEMYZ

Ce qu’il en reste

 L’usure dans l’univers végétal. Reliefs de nourriture abandonnés à eux-mêmes, gaspillage de la surproduction alimentaire. Ces photos mettent en évidence la dualité de la disparition lente d’un état, vers le passage à un autre moment, porteur d’une autre forme de vie, plus petite, moins visible, mais plus adaptée et de ce fait plus résistante. De ces microorganismes a pu être extraite la pénicilline, qui a sauvé de si nombreuses vies.

 Feuilles

Les feuilles jaunissent et tombent, mémoire de l’été.

 L’arbre, poumon de la terre, est miné par les activités industrielles, et la surexploitation qui conduit à une déforestation inquiétante. Sauf à agir, c’est notre protection qui s’étiole.

 Claire Artemyz


DIDIER CHEVALOT

"Zéro moins un"

Cette série vous emportera dans le monde austère du dessous. Celui des soubassements de béton et des fondations même de la ville qui se dresse là-haut. Ces lieux (parkings, caves, entrepôts) dans lesquels on se glisse furtivement ; cet univers pour lequel on a rarement d’attirance, mais qui révèle aussi la face cachée de la vie. Une sorte de chaos urbain dans lequel on assiste à la symbiose entre les particules en suspension et le béton.

Ma démarche ne s’inscrit pas à proprement parlé dans la photographie d’architecture même si la frontière est proche. J’ai plutôt essayé de retranscrire et d’interpréter, via les outils de post-traitement numérique, l’ambiance qui naît de ces espaces clos.

Il fallait aborder ce qui transparaît de ce monde en mutation très lente. Impossible de ne pas percevoir l’insalubrité, l’abandon et la claustration qui se dégage des murs environnants.

Difficile de faire abstraction de la pollution pernicieuse, les murs en témoignent, elle est là, autour de moi, en moi et rien ne l’arrête.

Les lumières sont vertes, instables et intrigantes. Contrairement à ce que certains peuvent penser ou dire, elles ne rendent pas fou, elles soulignent simplement l’aspect irréel des lieux et du vide qui l’habite.

Ma progression est rapide et hasardeuse. Mon regard frontal sur le vide du dessous devient le spectateur impuissant de la métamorphose qui s’opère ; le gris disparaît progressivement pour faire place au noir.

 Didier Chevalot


FRANCES DAL CHELE

Turquie

Le travail photographique que j’entreprends depuis juin 2007 a pour motivation de rendre compte, par les images et à travers des paroles, des visages de la Turquie contemporaine, un pays en marche vers l’Union Européenne et, par conséquent, un pays en grande mutation économique, sociale et urbaine.  Mon approche s’articule autour de deux axes : portraits/témoignages des acteurs ou victimes de la modernisation, et paysages urbains, en m’intéressant particulièrement aux mutations du tissu urbain et à la place des êtres humains dans des villes changeantes.

Mon exploration au long cours a débuté loin d’Istanbul, dans deux villes au cœur de l’Anatolie : Kayseri, ville sur l’ancienne Route de la Soie, et Konya, choisie par Djelâl ad-din Rûmi pour abriter sa confrérie de derviches tourneurs.  Deux « Tigres anatoliens », leur formidable essor économique induit des bouleversements dans le tissu urbain et dans la vie de ses habitants, touchant particulièrement les plus modestes.  

Le dossier présenté ici regroupe quelques-uns des portraits d’adultes et enfants d’un quartier au cœur de Kayseri.  Terrain devenu prisé et très cher, la municipalité a laissé se dégrader les maisons afin d’exproprier les habitants, en leur proposant des appartements à la périphérie, pour pouvoir construire de nouveaux immeubles à la place.  Paysages urbains, travaux du nouveau tramway à Kayseri, et ces nouveaux immeubles qui champignonnent dans les deux villes composent le reste du dossier.


FRANCO BELSOLE
Fermata Taxi

Entre conscience et inconscience, tel pourrait-être le rapport du corps à la ville...

L'environnement urbain nous fait-il perdre notre rapport à la réalité du monde

Franco Belsole


HENRI KARTMANN

Tags Ruraux

Alphonse Allais rêvait d’installer les villes à la campagne.

De jeunes tagueurs et grapheurs l’on prit au mot.

Voici maintenant cette forme d’expression éminemment citadine présente dans beaucoup de campagnes.

Ces clichés pris dans les Alpes de Haute-Provence et en Andalousie en atteste.

Sans doute un effet de la globalisation et une preuve que même avec des étendues  quasi vierge autour de soi, l’espace de liberté n’est pas plus grand qu’a New-York ou Los-Angeles.

Le vide est aussi anxiogène et les suicides plus nombreux (en pourcentage) à la campagne qu’en ville.

Comme d’habitude, le point de vue du photographe est ambigu : regrets de la nature souillée, compréhension du désir d’exister sous une forme de création artistique.

Ces clichés sont aussi une forme de salut d’un photographe d’âge mûr pour de jeunes créateurs qui pratiquent «  l’art pour l’art ».

 Henri Kartmann


HORTENSE SOICHET

The Car, 2007

 Avec plus de 3 millions de véhicules immatriculés à Pékin, la circulation dans la capitale chinoise ne cesse de s’empirer. Tous les mois, on compte 70 000 voitures supplémentaires acquises par des pékinois. Les transports en commun ne sont malheureusement pas suffisamment développés pour espérer dissuader les conducteurs. Les rares initiatives du gouvernement en matière de transport en commun en vue des Jeux Olympiques ne permettent pas d’imaginer de solution sur le long terme. Certes, des nouvelles lignes de métro devraient voir le jour d’ici 2020 afin de permettre de desservir au mieux les différents quartiers de la ville. Mais c’est sans  tenir compte du fait que l’acquisition d’une voiture pour les habitants d’un pays en plein essor économique est surtout le symbole de la réussite sociale. Avec un salaire moyen de 6000 yuans par mois, investir dans une automobile est synonyme d’accès à la société de consommation, une des conséquences de l’ouverture récente du pays. Les problèmes environnementaux ne sont pas encore la priorité d’un gouvernement dépassé par le développement économique accéléré auquel il doit faire face.

C’est en sillonnant la ville de nuit que le statut privilégié de ces voitures est révélé. Après le 2ème périphérique, les quartiers résidentiels de la ville accueillent les couches moyennes émergentes logeant dans des immeubles aux façades grises de pollution, parsemées de climatiseurs. À la nuit tombée, les rues se vident et un nouveau décor se dresse. Les éclairages des devantures, panneaux d’affichages et réverbères transforment ces hors lieux en théâtre urbain où le personnage principal demeure la voiture.


KARINE PELGRIMS

Les encombrants

Tous ces « encombrants » qui ont pour certains facilité les tâches de notre quotidien font partie à présent en quelque sorte du mobilier urbain. Des meubles fatigués exclus de notre environnement proche parce que trop vieux, un peu cassés, hors service ou ne correspondant plus à l’ère du temps. Des intérieurs de nos logements, ils se sont vus poussés dehors par la société de consommation qui régit nos désirs et nos besoins. Ils sont les fossiles, empreintes d’une autre époque et d’un passé révolu.

Je n’ai pu résister à leur rendre un dernier hommage en les photographiant. Ces objets je ne les ai pas simplement croisés, je les ai rencontrés à telle heure, tel jour, dans telle rue. Il en résulte une série de photographies en couleur sur lesquelles sont notées des informations relatives à l’instant de la prise de vue. S’est constitué ainsi une série d’images, souvenirs encore vivants des temps passés, le début du XXI ème siècle, témoins d’une époque.

Peut-être le constat de la fin de la société du jetable et l’arrivée du recyclage ?

Karine Pelgrims


LAURENCE BAGOT
Les pylônes éléctriques dans le paysage péri-urbain

Cette série fait partie d’une réflexion sur le paysage marginalisé du fait qu’il n’est plus investi par l’homme, soit qu’il est hyper urbanisé ou qu’il soit occupé par des objets hostils. Dans ce contexte, les pylônes électriques générent une certaine hostilité étant donné qu’ils occupent une place magistrale et qu’ils dévisagent leur environnement. Mes recherches commencent en Ile de France et plus précisément dans le département de l’Essonne. Dans l’immédiat, elles ciblent surtout les champs cultivés à la périphérie des zones urbaines.  Les pylônes électriques s’inscrivent dans un paradoxe dans la mesure où ils apparaissent comme des objets sculpture qui ont une certaine force graphique dont la  fascinante présence demeure très envahissante. Ils rebutent, ils sont inhumains par leur immensité. Cette série montre leur composition très géométrique ainsi que leur alignement les uns à la suite des autres si bien qu’ils peuvent être assimilés à une forêt de pylônes électriques qui occupent l’espace. Ils parcourent l’horizon à perte de vue et se perdent dans l’immensité des hectares. Evidemment leur présence magistrale pose la question du développement durable au plus haut point. Quelle pérénité peuvent-t-ils garantir à l’environnement ? Quel impact ont-ils sur l’écosystème ? Leur présence est-elle définitive ? Cela ré-intérroge l’un des genres majeures en Arts Plastiques à savoir le paysage. Il n’a plus rien avoir avec le caractère bucolique d’un Théodore Rousseau, il est désormais parasité par des objets qui le dénautre, il est littéralement pris d’assau par les activités humaines. Il est rythmé et composé selon les besoins et les nécessités de l’homme. Par la suite, l’objectif est de faire le lien entre ces paysages et les personnes qui occupent le territoire, ils sont essentiellement des agriculteurs.


MARCELLO MARIANA

alpine wanderer (2007)

 This is a travel along the whole Alpine Arc, made to document the sublime grandiosity and the violent contradictions of its landscape.

A place where usually nature has the leading role, with its solemnity and elegance, but often runs the risk of succumbing to human vehemence.

 I decided to depict the majesty of the contemporary alpine landscape, its absolutes and its contingencies, trying in some way to harmonize it with civilization’s intrusion.

Factors that could be labeled as “disturbing”, but that appear so frequently in our natural scenery to become part of it, occasionally acquiring some kind of beauty.


MARTINE MOUGIN

L'environnement des Eoliennes et des Ports

 Les "Eoliennes" s’imposent, ponctuant le relief. Le paysage environnant, transformé, remodelé subit-il l’aire des modes internationales des plantations d’Eoliennes ? Que génèrera ce nouvel investissement qui s’impose de manières identiques sur ces diverses terres.

La camera capte la multiplicité de ces systèmes à vent. Elle décrypte leur intégration aux divers sites et aménagements. 

Là, les environnements portuaires de Copenhague, Rotterdam et Vlissingen.


MATHIAS LINDEN
Houses Shells 2005

The associations one normally makes with "the house" would be of emotional, practical aspects like shelter, warmth, closeness to family. Having been on several occasions in Brittany (Bretagne) in northern France, in the off-season by the sea, I had started to photograph these empty houses. Houses waiting to be inhabited impressed me as sculptures, iconic in their expression. At the same time there are traces of the owners - decorative elements, choice of design and objects. Clues that forms a portrait of the owners through the use of their property. To enhance the experience of the house as a form (a shell), I have blackened the windows.
A measure that might help to side-step the spontaneous reading of the house and instead experience it as form.


MATTHIEU GAFSOU
Façades

Je suis parti en Tunisie pour découvrir le pays où est né mon père. Je croyais chercher des origines. J’ai compris que c’était vanité. J’étais autre.
J’ai découvert deux mondes. Celui qui est destiné au touriste: lisse, moderne. L’exotisme y est savamment géré, les produits manufacturés. Le mélange y est savant, entre authenticité illusoire et modernité rassurante. L’excès de clarté qui caractérise les constructions ne suffit pas à cacher les terrains vagues qui les jouxtent. On se rend vite compte que le bâti est artifice, simulacre. L’autre monde est trivial. C’est celui où les gens vivent. Les maisons y poussent au hasard, sont comme en suspens. On s’arrange, on bricole pour que l’eau et l’électricité y parviennent. Labyrinthique écheveau d’impasses et de rues arbitraires. La construction, sauvage, semble atteinte de frénésie. Telle ruine est la nouvelle maison d’une famille. Bricolage instable, elle ne durera pas. La décrépitude y est la marque du neuf. Je suis allé dans ces deux mondes, avec le même regard. Je n’ai photographié que les pierres, délaissant la chair: je ne voulais pas me laisser happer par l’exotisme. Mes images sont des images d’étranger. Le regard d’un Autre sur un monde inaccessible.
Façades n’est pas un projet documentaire. Peu importe que nous soyons à Sfax, Gabes ou Tozeur. Mes images ne disent aucune vérité. Elles sont avant tout discours: façades. Ouverture vers un monde qui nous échappe.
Façades pompeuses, décors du théâtre de la modernité.
Ou façades en devenir. Là où ils vivent, ces autres.


MICHEL MONTEAUX
L'etat brut(e)

Ce projet repose sur les cinq éléments (eau-terre, bois-feu, métal; ce dernier étant manifesté, matérialisé par l’intervention de la main de l’homme) photographiés à l'état brut dans la nature et dans la ville, la "Nature" de l'homme. L'association d'images issues des deux milieux, produit un effet, voir un état, de confusion pour nous, car très facilement et contre toute attente les images se répondent au lieu de s'opposer. Comme si ces éléments, façonnés par l'homme, cherchaient à reconquérir leur état brut naturel initial nous renvoyant à la question de notre place dans le monde : Que sommes nous ici ?


NATHALIE CRUZEBY
Un homme dans mes paysages

Tout a commencé par hasard : la tombée du jour, le sous-sol d’une piscine
désaffectée, le sud de la France. L’homme s’approche d’un hublot, s’arrête pour contempler ce que lui révèle cette fenêtre sur l’extérieur.
J’interviens alors, je le guide et lui indique la posture que j’aimerais qu’il
adopte. Il prend donc la pose, ma pose.
Je fais la photo.
C’est un peu plus tard que l’idée de série germe, fait son chemin. Répéter
la pose de l’homme immobile qui regarde. Chaque lieu traversé, chaque paysage va devenir ainsi le théâtre de cette mise en scène.
Mais comme cet homme ainsi suspendu dans le temps et l’espace, que regarderons-nous alors ? Nos yeux iront-ils à un arbre, une fleur, une femme, la mer, un mur ? Ou bien notre esprit cherchera-t-il ailleurs, hors-champ, hors-ville, horscadre?
Au-delà même de cet horizon que l’on aperçoit parfois ?


SANDRINE COMMARMOND

Un dispositif de regard en appel d’archipel.

Texte Christian Ruby

Dans cette série, en effet, chaque photographie de Sandrine Commarmond institue sa dramaturgie artistique en faisant du dérapage accidentel d’un voile transparent enfin soulevé une métaphore de la faiblesse humaine qui ne cesse de rétrécir le lieu où elle se tient parce que la monade tâtonne en son seul soi-même. N’est-ce pas pour cela que le désert croît sans cesse au sein de la photographie, autour de nous ?, délestée par avance du souci d’une quelconque fonction mimétique ?


SYLVAIN DUFFARD
ACI 2000, Bamako, octobre 2006

La série ACI 2000, réalisée en octobre 2006 à Bamako, tient son nom d’un vaste projet d’aménagement engagé par le gouvernement malien à la fin des années 1990 sur le site de l’ancien aéroport de la capitale et qui, aujourd’hui encore, poursuit son développement. C’est ce paysage standardisé, inspiré par le “modèle rêvé” de la ville moderne “à l’occidentale” qui constitue le cadre de ce projet.
La démarche photographique qui sous-tend ce travail se situe à l’endroit exact où j’entends développer mon travail photographique personnel.
A mi-chemin entre appréhension du réel et révélation du sensible, je souhaite délivrer des informations, même ténues, sur les espaces que j’explore, cherchant à révéler la complexité qui se cache le plus souvent sous leur apparente banalité. Ma démarche ne se veut pas documentaire, encore moins démonstrative. C’est à la “beauté étrange” des espaces urbains que je souhaite m’attacher.


SYLVIE BARDET
Détails

Projet sur les détails minéraux et végétaux photographiés en Islande.

Les éléments constituent le milieu dans lequel on vit, ils sont les composants ultimes de notre réalité, l'ensemble des forces naturelles dont nous dépandons. Rappeler leur beauté est aussi une façon de s'alerter sur leur fragilité sans pour autant se servir des images sombres et chaotiques que l'on trouve dans les milieux pollués.


VIRGINIE VIEL
Humanité Résiduelle

A travers mes recherches je mets l’accent sur des éléments qui composent notre environnement urbain, plus particulièrement des détails auxquels nous ne faisons pas attention et qui pourtant jallonent nos villes.
Je trouve particulièrement intéressant ces objets, éléments de l’architecture
urbaine soumis au temps qui passe et laissés à l’abandon par l’Homme.
Ils suggèrent une présence humaine fantômatique dans un environnement qu’ildomine. Ainsi, j’aime établir un parallèle entre l’omniprésence humaine, le mouvement perpétuel de la ville et l’absence du corps humain. Mes photographies soulignent le temps d’un instant, ce qui constitue un monde urbain en perpétuelle évolution, entre destruction et construction.
Les sujets de mes photographies se revendiquent comme faisant autant partie du paysage urbain qu’un feu tricolore ou un arbre. Seule importe la manière dont nous percevons le monde qui nous entoure.