Agnès Sinaï, journaliste spécialiste des questions environnementales
June 11th, 2010
Interview d’Agnès Sinai réalisée par Céline Chevalier
pour le Festival International de l’Image Environnementale
LE FEU
Agnès Sinaï
Journaliste spécialiste des questions environnementales, Agnès Sinaï est l’auteur de plusieurs articles, essais et documentaire sur le thème de la crise écologique. Avant d’être journalistique, son engagement a été politique. Originaire du sud de la France et attachée à la beauté de la nature qui s’y trouve, elle a d’abord été militante. Aux côtés d’Attac notamment, elle a écumé les sommets internationaux et fait ses premières armes dans le milieu de la presse.
Elle collabore aujourd’hui à des journaux tels qu’Actu Environnement sur le net, ou Le Monde Diplomatique. Entre autres ouvrages, elle a coordonné l’atlas de l’environnement du monde diplomatique 2007 et s’intéresse de près à al décroissance et aux modes de vie d’après pétrole.
Agnès Sinaï revient pour le Fiie 2010 sur son travail documentaire réalisé en Indonésie : « Sumatra, les moissons du feu ».
J’ai été amenée à travailler sur les incendies provoqués en nombre à Sumatra. « Sumatra, les moissons du feu » s’intègre dans une série documentaire diffusée par Arte et dont l’un des volets était la déforestation. En contact avec des ONG indonésiennes engagées dans la lute contre la déforestation, j’ai pu constater sur place le schéma qui conduit à la destruction massive des arbres.
Les incendies précèdent en fait l’installation de vastes palmeraies destinées à la production d’huile de palme. Une fois les arbres anciens abattus, et pour faire place nette à la future palmeraie, la terre est mise à feu.
Seulement voilà, les sols indonésiens sont de véritables tourbières, particulièrement riches en carbone. Enflammés, les sols incandescents se consument sans contrôle des mois entiers ! Les incendies échappent alors à toute régulation. Depuis le ciel, en survolant l’archipel indonésien, on aperçoit des plaques rougeoyantes : la terre brûle. Il se dégage alors une fumée épaisse qui alimente en partie le fameux nuage brun d’Asie. Une véritable pollution.
L’écosystème présent depuis des centaines d’années est arasé. Des bibliothèques vivantes sont éliminées… Ce sont à la fois des arbres anciens et des cultures humaines entières qui disparaissent, puisque la forêt abrite encore des peuples autochtones. Ces peuples forestiers issus d’ethnies différentes, porteurs de cultures animistes et qui ont une manière presque mystique de vénérer les arbres disparaissent avec la forêt. Les arbres réduits en poussière, les propriétaires installent leurs palmeraies : des monocultures qui ne séquestrent que très peu de CO2.
L’incendie comme mode de régulation de la forêt est, certes, une pratique ancestrale. Tout est dans la régulation ou non de cette pratique. On constate peu à peu une meilleure gestion de la déforestation par l’état indonésien. Celui-ci octroie ou non aux propriétaires le droit d’incendier certaines parties de forêt, suivant un nombre restreint d’hectares. Malheureusement la corruption règne toujours dans ce pays demeuré longtemps une dictature et la démocratie en est à ses balbutiements.
En tant que journaliste, j’essaie d’informer le consommateur sur tout se qui se cache derrière les gestes de consommation courante. Il est bon de savoir, par exemple, que l’on retrouve l’huile de palme indonésienne dans nos produits, notamment dans les dits « biocarburants ».

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